PROLOGUE

PROLOGUE
Komm und rette mich - Ich schaff's nicht ohne dich

Chaque larme qui coule m'arrache un gémissement de douleur. Mes joues rougies sont traversées par d'innombrables sillons mouillés. Mes mains, crispées sur mes genoux pour ne pas trembler, sont tout de même agitées de spasmes. Chaque seconde qui passe creuse un abîme de plus en plus grand dans mon c½ur. La tête appuyée sur mes genoux, je ne quitte pas des yeux la photo de Tom posée devant moi sur la couette. Son visage parfait et son sourire en coin que je voulais pour me consoler m'arrachent encore plus de gémissements de douleur. Je prends la photo dans ma main tremblante et l'approche de mon visage. Mes lèvres recommencent à trembler de plus belle, un torrent de larme s'échappe à nouveau de mes yeux. L'une d'elles tombe sur la joue du Tom de la photo, tachant le papier. « Californication» qui résonne en boucle depuis que je suis revenue s'achève pour la énième fois. Mon regard quitte Tom un instant pour tomber sur une moitié de carte postale représentant des bérets multicolores, épinglée sur le mur. J'étouffe un cri de désespoir et m'écroule dans mes oreillers, la main toujours serrée sur la photo. Le taie se mouille rapidement. Mes cheveux collés sur ma nuque transpirante sont tout en désordre.

Alors les impressions ?


Mon blog Perso

# Posté le jeudi 01 novembre 2007 07:18

Modifié le mercredi 14 novembre 2007 15:09

CHAPITRE 1

CHAPITRE 1
Wir schauen nochmal zurück - Es ist der letzte blick - Auf alles was für immer war

Partir. Partir loin d'ici pour ne plus revenir. Mes larmes font trembler mes mains, les gênant dans leur course. Mes mains qui remplissent mon sac de voyage depuis une demie heure. Mon énorme sac, presque plein, qui contient toutes les promesses que je peux encore espérer. Mon seul espoir de tenter un nouveau départ, de m'en sortir. Une promesse de liberté dans ce monde de barreaux de fer. Mon regard s'arrête sur cette carte. Mes larmes reviennent, déposant leur sel sur ma peau. Je ferme la fermeture du sac, effleure une dernière fois la carte avant de la mettre dans mon sac, jette un dernier regard à ce qui a été mon repaire pendant si longtemps. Cet endroit si plein de ma vie. Ma chambre adorée. Mes pas me portent loin d'elle, passent la porte de la maison sans hésitation avant de la claquer pour la dernière fois. La valise roule sur le bitume. La nuit froide et humide calme mes larmes. Je marche, je marche. Observant le ciel qui s'ouvre à mes yeux. Un ciel plein d'étoiles toutes plus brillantes les unes que les autres. Une multitude d'astres qui percent la nuit, lueurs d'espoir parmi le noir. L'eau restante des averses de la journée clapote sous mes pas, ou peut être est-ce la rivière qu'ont formée mes larmes ? Je lève les yeux du bitume pour découvrir la gare. J'entre, le pas assuré malgré mes yeux humides. Je sors le premier billet de mon sac. Un billet La Roche sur Yon-Paris pour le train de 23h41. Je le composte et me rend sur le quai. Une femme et sa fille attendent aussi, la petite court partout en demandant sans cesse, de sa jolie petite voix fluette :

- Dis maman, c'est quand qu'il arrive le train ?
- Bientôt ma chérie, bientôt, répond inlassablement la femme d'une voix douce.

Je souris à travers mon rideau de larmes. La dame tourne son regard vers moi. Esquisse un sourire timide en voyant ces larmes que je ne peux retenir. Un sifflement se fait entendre. La petite crie de joie.

- Il arrive maman ! Voilà le train !

Elle court jusqu'à sa mère et s''agrippe à sa main pour regarder arriver l'engin. Assise, la tête appuyée contre la vitre, je regarde ma ville natale disparaître à l'horizon. Pour toujours.
MP3 dans les oreilles. « When you'r gone » d'Avril Lavigne. Je la trouve de circonstance. Puis « Hilf mir fliegen », « In die nacht », « Wenn nichts mehr geht » et « Ich bin da ». « Ich bin da » en boucle. Parce que j'arrive. Parce que c'est cette chanson qui me rattache à l'espoir qu'ils seront là pour moi. Parce que maintenant que ma vie est foutue en l'air, la seule chose qui me reste à faire est de les chercher, fan désespérée que je suis. Je les chercherais, les poursuivrais, les attendrais, lutterais. Toute ma vie s'il le faut. Et je finirais bien par les trouver. Par les voir. Les aborder. Leur parler. Alors, à ce moment, je pourrais prendre un nouveau départ, commencer une nouvelle vie, enfin libérée des entraves du futur qui constitue aujourd'hui mon présent. Ma tête va s'appuyer sur le siège. Mes pensées, portées par le rythme de cette musique magique, s'évadent tout de suite vers elle.

Le train ralentis et on annonce l'arrivée à Paris pour une dizaine de minutes. Je laisse mes larmes s'échapper. Depuis hier soir, elles ne se sont jamais arrêtées. J'ai passé cette nuit à ressasser tous les souvenirs que je garde d'elle. Elle souriante et enjouée, elle vulgaire et têtue, elle fan de rock, elle rebelle clandestine, elle maigre comme un clou, elle skiant en riant, elle bavarde et assurée, elle qui n'aura jamais vu de concert des Red Hot comme elle en rêvait, elle la parisienne qui me guidait dans les couloirs du métro et chantait « Relax » dans la rue. Cette fille exceptionnelle qui ne verra plus jamais la lumière du jour et n'entendra plus jamais ses idoles de rockeurs. Elle, ma Clo, ma couz', ma bouteille de champomy, celle qui m'a accompagné à chaque pas dans ma vie, ma troisième s½ur, mon espoir dans la noirceur du quotidien. Elle, ma cousine.

Je jette un ½il à mon portable. 3h13 du matin. Je me saisis de ma valise, descend l'allée jusqu'à la porte du wagon. Et voilà ma valise qui roule à nouveau, le bruit de ses roues résonnant dans toute la gare quasi déserte. Je sors de la gare d'un pas digne et appelle un des taxis stationnés devant. La conductrice descend pour charger ma valise dans le coffre puis me fait signe de monter avec un :

- On va où ?
- A l'aéroport de Roissy.

Elle sourit, fait démarrer la voiture et s'exclame gaiement :

- En route !

Les rues parisiennes sont désertes. Je ne regarde pas par la fenêtre de peur d'apercevoir un endroit connu qui me la rappellerait forcément. La chauffeuse conduit prudemment, mais c'est une précaution inutile, puisque tout le monde semble dormir, dans ce quartier. J'ai rarement vu ça à Paris, d'ailleurs, même à 3 heures du matin. Un quart d'heure plus tard, le taxi s'engage sur le grand parking de l'aéroport. La chauffeuse descend, sors ma valise du coffre. Je lui tend l'argent que je lui dois avec un petit sourire. Elle l'empoche et me demande :

- Vous voulez que je vous accompagne pour trouver votre vol ?
- Merci, ça ira, je vais me débrouiller. Mais merci quand même !
- Aurevoir !
- Aurevoir.

Je la laisse derrière moi. M'engage dans l'aéroport. Je me dirige directement vers l'accueil, et demande l'aide d'une caissière. Elle se lève aussitôt après un coup d'½il à ses deux collègues qui attendent elles aussi un client qui ne vient pas. Une heure plus tard, à 4h28 exactement, je suis installée dans l'avion qui décolle, MP3 dans les oreilles et larmes dans les yeux. Je garde les yeux scotchés sur le hublot, emmagasinant le maximum d'images du pays qui a toujours été le mien. Ce pays qui m'a vu naître et grandir. Ce pays que j'aimais énormément. Ce pays qui me semblais être le mien pour toujours et que je quitte peut être sans retour. Oui, je m'en vais. Parce que ce pays est aussi celui de ma Clo. Et elle l'a quitté pour toujours. Pour toujours. Pour toujours. Ces mots résonnent dans ma tête. Le seul moyen pour moi de faire la paix avec son image est de quitter tout ce qu'elle a touché. Oh, bien sur, elle est allée en Allemagne et parlait très bien allemand. Mais c'est différent. C'est quelque chose qu'elle m'a raconté. Les mots qu'elle a utilisé pour me raconter ses séjours là bas m'ont donné envie d'apprendre cette langue. De connaître ce pays. Si je pars en Allemagne, c'est aussi parce qu'elle y est partie, mais sans moi. Je veux découvrir cette Allemagne comme elle l'a fait. Et y reconstruire ma vie. A partir de rien. Juste avec mon c½ur et ma volonté. Avec mon c½ur de fan.


Merci Besta' <3

# Posté le mardi 06 novembre 2007 13:30

Modifié le samedi 10 novembre 2007 04:28

CHAPITRE 2

CHAPITRE 2
Ich bin frei im freien fall - Ich kann nicht mehr anders

Sur mon portable, il est 7h40. L'avion atterrit avec toute la douceur dont il est capable. Je souffle un grand coup. Me voilà arrivée en Allemagne. Dans ce pays que j'ai tant rêvé visiter, ce pays dans lequel j'aurais tant aimé naître et grandir, ce pays où ils vivent. Leur pays. Oh gott... Mon c½ur bat à mille à l'heure. Dans quelques minutes, je vais poser le pied pour la première fois sur le sol allemand... Je descend, fondue au milieu des autres passagers, essayant de modérer mon c½ur qui s'affole. Me voilà donc arrivée à Magdeburg. Il faut que j'arrête de le penser sinon je vais vraiment hurler. Magdeburg...

Une petite heure plus tard, après avoir récupéré mes affaires, je sors de l'aéroport avec en bouche un goût inimitable de liberté. Je suis seule en Allemagne et j'ai la vie devant moi. Ou presque. Je parcoure les rues de Magdeburg, le sourire aux lèvres, le MP3 dans les oreilles. Le soleil brille, mon c½ur palpite dans la fraîcheur matinale, je commence à chantonner.


Leeeeeeeeeb' die sekunde, hier und jetzt, halt si feeeest !
Leeeeeeeeeeeeeeeeb' die sekundeee, hier und jeetzt, halt sie feeest !
Sonst ist sie weg ! Sonst ist sie weg !


Quelques passants me jettent un regard amusé que je leur rend. Je sens la joie envahir chaque parcelle de mon corps. C'est ça le bonheur ?

Scheiß auf gestern und erinner' dich an jetzt
Bevor du es vergessen haaast


Je pleure sans vraiment savoir pourquoi, sans être triste. Ca me soulage plus que ça ne m'attriste. Je sens que c'est ma tristesse et mon désespoir qui s'en vont avec ces larmes. Je continue à chanter, puisque maintenant, chaque seconde m'appartient...

Die zeit läuft - die zeit läuft - die zeit läuft
Halt sie auf !


Je m'interromps dans mon récital devant la vitrine d'un café à l'air convivial d'où sors une irrésistible odeur de croissants chauds. Je pousse la porte. C'est parti pour une cure de ma langue favorite...

- Guten morgen !

Les mots me viennent tout de suite à la bouche, sans que j'aie besoin de les chercher. Je sais ce que j'ai à dire, comment le dire et avec quel accent.

- Je voudrais un petit déjeuner, s'il vous plaît !
- Pas de problème, installez vous à cette table, là... Quelle formule vous prenez ?
- La plus grosse, je suis affamée !

Il rit. Un rire chaleureux qui vous met tout de suite à l'aise, qui vous enveloppe dans sa gaieté amicale.

- Très bien, mademoiselle ! Je vous apporte ça tout de suite.

Je me laisse aller sur le dossier de la chaise. Sors de mon sac un roman policier offert par mon père. Je me plonge dans la lecture. Le patron du bar revient, portant un immense plateau recouvert de plusieurs assiettes : fromages, charcuterie, pain de toutes sortes, ½ufs sur le plat et à la coque, toast grillés, saucisses, viennoiseries en tout genres et une tasse d'un cappuccino qui m'a l'air tout bonnement délicieux. Il pose tout ça sur la table. Remarque le roman que je tiens en main.

- Vous êtes française ?
- Oui.
- Je me disais aussi que vous aviez un petit accent ! Mais ne vous inquiétez pas, rien de grave ! Allez, bon appétit...
- Merci !

Je m'attaque au petit déjeuner. Une demie heure plus tard, je bois la dernière goutte de cappuccino. Sur la table, il ne reste que les assiettes et quelques miettes. Je paye le barman et ressors dans la rue. Il est maintenant 9 heures 30 et les rues sont un peu plus animées. Je flâne tranquillement, écoutant toujours ma musique. Jusqu'au moment où je remarque un hôtel deux étoiles qui me semble relativement correct, dans lequel je m'engouffre. Comme les tarifs n'ont pas l'air exagérés, je demande une chambre pour un mois, que l'on m'offre sous la forme d'une clé portant le numéro 32. Une chambre au troisième et dernier étage, avec balcon, lit double et salle de bain, donnant sur la rue. Je monte. Qui a eu la fâcheuse idée d'oublier l'ascenseur ? Tant pis, ça me fera faire du sport... J'installe ma valise dans un coin de la pièce et l'ouvre. J'en sors d'abord mes accessoires de survie... Une bonne douzaine de bouquins. Une photo de ma famille au grand complet, une de ma Clo, une de mes deux s½urs, quelques unes de mes amies que j'accroche au mur qui fait face à mon lit. Puis quelques photos format A4 des TH. Une de Tom endormi, une de Bill en pleine chanson, une de Gustav torse nu, une de Georg les cheveux dans le vent et enfin une d'eux quatre en concert. Magnifique. J'accroche tout ça un peu partout et dépose sur la table de nuit la moitié de carte postale aux bérets multicolores. Ah, cette carte...


Ce jour là, Clotilde et moi devions avoir 10 ans. Nous avions visité avec mes parents un musée sur l'Egypte antique, à Paris. Après les avoir devancés tout le long, nous sommes arrivées à la fin de l'expo une demie heure avant eux. Demie heure que nous avons mise à profit pour remplir le livre d'or de mots anonymes tous plus débiles les uns que les autres et pour visiter de fond en comble la boutique du musée. Une fois reparus, mes parents ont eux aussi fait le tour de la boutique. C'est alors que ma mère, nous voyant fascinées par un tourniquet de cartes postales, nous demanda si nous en voulions une. Un quart d'heure plus tard, après avoir beaucoup hésité et discuté, ma cousine et moi nous décidions pour une carte postale représentant une multitude de bérets multicolores, bien alignés. Une carte pour nous deux. Arrivées chez Clo, nous avions tout de suite écrit au dos de la carte les mots suivants :

<Cette carte marque l'amitié entre Clotilde et Viviane pour toujours
Nous serons toujours là l'une pour l'autre
Et notre amitié de ne se brisera jamais
Puis nous avions signé toutes les deux et coupé la carte en deux, chacune choisissant la moitié qu'elle préférait. Depuis, nous avions toujours gardé cette moitié de carte précieusement, trésor plus cher que n'importe quoi d'autre à nos yeux. >

Je me lève du lit et vais me passer de l'eau sur le visage. Pourquoi faut il que mes larmes soient si tenaces ? Pourquoi faut il qu'elles reviennent à l'assaut encore et toujours ? Pourquoi ce flot de sel qui s'échoue sur mes joues ne s'est-il pas encore tarit ? Je sors de la chambre en chancelant. Il faut vraiment que je me change les idées. Je sors mes écouteurs. Vite, ma musique, avant que je ne repense à elle... Je dévale les trois étages en courant, mon pas se faisant plus léger à chaque marche descendue. Une fois sortie de l'hôtel, j'explore les rues du centre ville en chantonnant. Je m'arrête dans une supérette. Le petit déjeuner qu'on m'a servit était délicieux, cependant il manquait quelque chose... Je parcoure les rayons, avant de trouver enfin ce que je veux. Un énorme pot de nutella. J'achète également une petite cuillère, fourre le tout dans mon sac à dos et sors du magasin. Sur le trottoir, quelques mètres plus loin, un petit vieux attend, assis devant un étalage de vieilleries qu'il a disposé sur une vieille table à tréteaux. Je m'approche. Je distingue des assiettes peintes poussiéreuses, des soldats de plomb, des livres aux pages rongées par l'humidité, un vieux parapluie noir et là, au milieu de toutes ces vieilleries...

- Monsieur, je demande, c'est combien pour le bâton à bulles, là ?
- Je vous l'offre, demoiselle.

Il me le tend avec un sourire. Je le prend en le remerciant chaleureusement. Avant de m'éloigner, je lui demande :

- Dites, vous savez quand passe le prochain bus pour Loitsche ?
- D'ici deux minutes, à la gare routière. Si vous voulez l'avoir, je vous conseille de courir !
- Merci m'sieur ! Aurevoir !

Je m'en vais en courant dans la direction qu'il m'a indiquée. Mon souffle s'accélère, mes joues rougissent sous l'effet du vent et de l'effort.


Pourrais-je avoir des atres comm's que ceux de Laura ?

# Posté le mercredi 07 novembre 2007 14:57

Modifié le samedi 10 novembre 2007 04:39

CHAPITRE 3

CHAPITRE 3
Ich weiss dass ich dich finden kann - Hör' deinen namen im orkan
Ich glaub' noch mehr dran glauben kann ich nich'

Je cours, cours en direction du bâtiment, là, au bout de la rue, où il me semble distinguer un bus prêt à démarrer. Mes écouteurs tombent, s'échouent le long de mon T shirt, mais je n'y fais pas attention. Enfin, j'y arrive. Je fais un signe au chauffeur qui vient de fermer la porte et lui demande si c'est bien le bus qui mène à Loitsche. Il me fait un signe de tête affirmatif. Je monte, achète un ticket et vais m'asseoir tout au fond. Je suis sûre qu'eux aussi s'asseyaient là, au fond. Tous les deux. J'ai peut être le cul posé sur un siège où Bill ou Tom Kaulitz s'est assis... Je me retiens à grand peine de fourrer mon nez dans la banquette et observe le paysage. Ce paysage qu'ils ont déjà exploré. Où ils ont évolué. Ri. Pleuré. Crié. Marché. Se sont emmerdé. Les vingt minutes du trajet passent à toute vitesse. Ce n'est vraiment pas suffisant pour se rendre compte que l'on marche sur les même traces que ses idoles. Je descend du bus, un sourire géant sur les lèvres, et aboutis devant une petite place plantée d'arbres. Je me dirige vers elle, m'assois sur un banc, sous un grand peuplier et sors mon pot de nutella de mon sac. Je le savoure avec de nombreux soupirs de bien être. Quoi de plus agréable que de déguster du nutella, assise sur un banc de la ville natale de ses idoles, sous un soleil radieux, leur musique dans les oreilles ? Un petit craquement, passant au dessus des accords de « Heilig » me fait lever la tête. Non loin du sommet de l'arbre qui me fait face, un petit écureuil roux me regarde, un gland entre les pattes avant . Je murmure :

- Oooooooooh ! Mais c'est ce cher Gustav !!! Qu'est ce que tu fais là mon vieux ? T'as abandonné tes potes dans votre tournée ?

L'écureuil penche sa tête sur le côté, me regardant avec un air perplexe. J'éclate de rire et m'enfourne une cuillère de nutella en souriant. Si seulement il pouvait me dire où ils se trouvent... Je passe mon après midi sur ce banc à écrire. Mon stylo ne s'interrompt pas une minute, traînant derrière lui ma main fatiguée par toute cette activité. J'écris des feuilles et des feuilles. Une lettre. La plus longue que j'ai jamais écrite. Elle est pour la seule personne avec qui j'ai eu une véritable correspondance de lettre régulière. Ma tite bouteille de champomy. C'est d'ailleurs l'en tête de cette lettre. Je n'arrête mon écriture fébrile qu'en entendant le bus arriver. Je range rapidement tout mon matériel dans mon sac, fait un clin d'½il à l'écureuil qui n'a pas quitté son arbre et retourne à Magdeburg. Là bas, je mange dans une petite pizzeria où on me sers une pizza géante et une immense canette de bière. J'engloutis le tout , paye et regagne l'hôtel après une petite promenade nocturne dans les rues de la ville. Dans ma chambre, je sors sur le balcon, emmitouflée dans une couverture et m'allonge sur le transat qui y est installé. Je reste ainsi longuement, observant les étoiles qui brillent de tous leurs feux, savourant la fraîcheur de l'air de la nuit sur mon visage, appréciant ce calme si simple et si beau qui est toujours le même dans n'importe quel pays. Le calme de la nuit.

[...]

Je repose mon stylo près de moi. Là haut, Gustav me jette un regard intrigué. C'est la première fois en deux semaines qu'il me voit interrompre mon écriture et reposer mon stylo avant la tombée du jour. Deux semaines. Deux semaines passées à vivre aux rythme de ces petites choses toutes simples qui procurent tant de plaisir. Deux semaines avec le même traintrain quotidien. D'abord un petit déjeuner copieux à l'hôtel, un petit rangement dans la chambre pour la femme de ménage et une balade tranquille dans les rues de Magdeburg. Puis l'achat d'un pot de nutella, la discussion avec le petit vieux et la course pour attraper le bus. Suivi d'un après midi sur le banc du square de Loitsche, toujours le même, passé à manger du nutella, écrire et échanger des regards complices avec le petit écureuil, définitivement baptisé Gustav. Enfin, le retour en car, le dîner dans un petit resto sympa, la ballade nocturne dans les rues et l'admiration des étoiles et de la nuit, sur le balcon.
Mais à cet instant, une lassitude infinie m'envahit tout à coup. Je ne les ai toujours pas aperçu. Pourtant, ça ne m'inquiète pas. En promo, en tournée, en séance photo quelque part dans le monde. Partout sauf dans leur ville natale. Mais je sais qu'ils finiront bien par y revenir. Je commence à chanter au son de la voix de Bill.


Ich muss durch den monsun
Hinter die welt
Ans ende der zeit
Bis kein regen mehr fällt


Est ce que ce voyage jusqu'ici m'a ouvert la porte vers eux ? Est ce que j'ai enfin traversé la mousson ? Je me lève du banc. Sors de mon sac le bâton à bulles acheté deux semaines auparavant et souffle dedans de toutes mes forces, m'entourant de dizaines et de dizaines de bulles aux reflets multicolores. Je souffle à nouveau, mêlant ma voix au ballet des bulles savonneuses.

N halber mond versinkt vor mir
War der eben noch bei dir
Und hält er wirklich was er mir verspricht
Ich weiss dass ich dich finden kann
Hör' deinen namen im orkan
Ich glaub' noch mehr dran glauben kann ich nich'


Les phrases résonnent dans ma tête. Les bulles volent autour de moi. Les larmes coulent sur mes joues. Je tourne sur moi même sous le regard étonné de Gustav, dispersant les bulles autour de moi en un cercle multicolore. Je chante à m'en arracher les poumons.

Ich kämpf mich durch die mächte hinter dieser tür
Werde sie besiegen und dann führ'n sie mich zu dir


Une dernière larme trace sa route sur ma joue droite. Ma voix s'étrangle légèrement dans ma gorge sous le coup de l'émotion intense qui m'envahit.

Dann wird alles gut
Dann wird alles gut
Wird alles gut
Alles gut...


Je m'écroule sur le banc et pleure. Encore une fois de plus, une fois de trop. Je pleure de faiblesse, d'amertume, de découragement. De tristesse, surtout. Bordel, comme j'aimerais te rejoindre ma Clo...

# Posté le samedi 10 novembre 2007 04:36

CHAPITRE 4

CHAPITRE 4
Ich bin nich' ich wenn du nich' bei mir bist – Will ich nich' mehr sein


POV Tom

- Bill ?

Une voix étouffée me parvient, provenant de la porte d'en face.

- Mmm ?
- Je vais me promener un peu, tu veux venir ?
- Nan !

Je soupire. Depuis qu'il a rompu avec sa copine, il passe ses journées dans sa chambre à pleurer et écrire des chansons tristes.

- Ca fait tellement longtemps qu'on était pas revenu... Allez, viens prendre un peu l'air, on parlera... Ca te fera du bien...
- J'ai pas envie, Tom.
- Bill...

Je pousse la porte de sa chambre. Je le découvre allongé en travers de son lit, stylo en main, face à une feuille maculée de larmes. Je m'approche doucement de lui et le prend dans mes bras. Il s'abandonne sur mon épaule, sanglotant tout ce qu'il peut, gémissant sans cesse des mots sans suite. Je passe ma main dans ses cheveux touffus, puis m'en sers pour essuyer ses larmes. Je murmure tout doucement à son oreille :

- Bill, je veux pas que tu te détruises pour cette salope. Je t'aime trop pour te regarder mourir à petit feu à cause d'une fille qui doit déjà t'avoir oublié.
- Je suis sur qu'elle m'a pas oublié...
- Nan, en effet, tu fais partie des personnes qu'on oublie difficilement, tu es une rock star, Bill. Je veux dire qu'elle en a carrément rien à foutre de ta pomme !
- Je sais.
- Alors oublie là toi aussi. Oublie là sinon c'est toute ta vie qu'elle va détruire.
- Mais c'est dur...
- Je sais, Bill, je sais...

Sa voix s'étrangle au fond de sa gorge, ses larmes roulent à nouveau sur ses joues. Je les essuie une nouvelle fois, lui relève doucement la tête par le menton. Il esquisse un petit sourire. Je retente...

- T'es sur que tu veux pas venir avec moi ?
- Pas aujourd'hui, Tom. J'me sens pas encore prêt à sortir affronter la boulangère et sa groupie de fille.

On éclate de rire en même temps. Je me lève du lit, caresse une dernière fois sa joue humide du bout des doigts et sors de sa chambre avec un :

- Ok je te laisse, mais demain tu n'y échappera pas !

Je sors dans la rue. Ces rues qui ont bercé notre enfance, à Bill et moi. Je parcoure tout Loitsche, me ressourçant auprès de cet environnement qui reste le mien, malgré nos voyages dans toute l'Europe. Je finis ma petite promenade devant le petit square où nous allions jouer si souvent. Je remarque quelqu'un, assis sur le banc. Une fille qui doit avoir à peu près notre âge. Elle écrit fébrilement sur un bloc de papier, des larmes coulant le long de ses joues sans qu'elle ait l'air de les remarquer. Tout à coup, elle pose son stylo. Se lève et commence à chanter doucement. Je reconnais « Durch den monsun ». Elle le chante avec un tel désespoir dans la voix, une telle tristesse qu'on dirait qu'elle ne se raccroche plus qu'à ce chant pour survivre encore. Elle sort de son sac un bâton à bulles et souffle dedans. Ces bulles multicolores qui tournoient dans le vent, cette nature qui semble figée autour, cette voix cristalline qui résonne dans le silence... J'ai le souffle coupé devant la beauté de la scène. Elle tourne sur elle même, faisant des bulles, pleurant, chantant avec toute la force de sa détresse. Et puis elle s'écroule sur le banc, en larmes, le corps agité de spasmes. Elle pleure, pleure. Ses larmes ne cessent pas. Je n'ose pas bouger, figé sur place au milieu de buissons touffus qui me cachent à sa vue. Je reste là longtemps, observant sa poitrine bouger au rythme de ses sanglots. Au bout d'un long moment, elle est redevenue calme. Seules quelques larmes coulent encore le long de ses joues. Sa respiration se fait plus régulière, plus profonde, ses yeux se ferment doucement. Je m'approche le plus silencieusement possible. Allongée sur le banc, recroquevillée en position f½tale, la trace des larmes ornant toujours ses joues, elle s'est endormie. Sa peau scintille doucement sous la lueur du soleil couchant. Ne sachant trop quoi faire, j'enlève ma veste et lui étend sur les épaules. Puis je reste longtemps là, debout près du banc, détaillant le visage de cette fille si étrange. Si longtemps que quand je relève les yeux, le soleil a disparu, laissant place à la lune et aux étoiles. L'une d'elles, brillant plus fort que les autres, me rappelle que Bill est seul à la maison, sans doute en larmes et qu'il a besoin de moi. Avec un dernier regard, je m'éloigne du parc et rentre à la maison. J'y retrouve mon frère, devant la télé, un paquet de chips à la main. Il a l'air d'aller mieux...

- Ca va mieux ?
- Mmm.
- Ah ben on dirait pas, monsieur le grognon !
- Monsieur le grognon ?
- Parfaitement !
- Et ça, c'est toujours grognant ?

Il m'envoie un coussin dans la figure. Je riposte aussitôt avec la première chose venue, à savoir un paquet de mouchoirs en papier.

- Ca grogne peut être pas, dis-je, mais c'est bien le propre d'une attitude grognon, nan ?

Avec un rugissement de rage, Bill se jette sur moi, me plaque sur le canapé et essaye de m'arracher la tête. Au bout d'un quart d'heure de fous rires, je demande grâce, à bout de souffle.

- Bill... On fait... une... trêve... OK ?...
- D'acc...

Il s'écroule à côté de moi, aussi essoufflé que s'il venait de courir un marathon. Je laisse tomber ma tête sur ses jambes et lui souffle à l'oreille :

- J'ai vu une fille bizarre, dans le square...
- Ah ?
- J'te raconterais demain... Là... Chuis trop crevé...

J'étouffe un bâillement et tombe endormi sur ses cuisses.





Fic De Besta' <3

# Posté le lundi 12 novembre 2007 15:03

Modifié le mercredi 14 novembre 2007 09:33