Partir. Partir loin d'ici pour ne plus revenir. Mes larmes font trembler mes mains, les gênant dans leur course. Mes mains qui remplissent mon sac de voyage depuis une demie heure. Mon énorme sac, presque plein, qui contient toutes les promesses que je peux encore espérer. Mon seul espoir de tenter un nouveau départ, de m'en sortir. Une promesse de liberté dans ce monde de barreaux de fer. Mon regard s'arrête sur cette carte. Mes larmes reviennent, déposant leur sel sur ma peau. Je ferme la fermeture du sac, effleure une dernière fois la carte avant de la mettre dans mon sac, jette un dernier regard à ce qui a été mon repaire pendant si longtemps. Cet endroit si plein de ma vie. Ma chambre adorée. Mes pas me portent loin d'elle, passent la porte de la maison sans hésitation avant de la claquer pour la dernière fois. La valise roule sur le bitume. La nuit froide et humide calme mes larmes. Je marche, je marche. Observant le ciel qui s'ouvre à mes yeux. Un ciel plein d'étoiles toutes plus brillantes les unes que les autres. Une multitude d'astres qui percent la nuit, lueurs d'espoir parmi le noir. L'eau restante des averses de la journée clapote sous mes pas, ou peut être est-ce la rivière qu'ont formée mes larmes ? Je lève les yeux du bitume pour découvrir la gare. J'entre, le pas assuré malgré mes yeux humides. Je sors le premier billet de mon sac. Un billet La Roche sur Yon-Paris pour le train de 23h41. Je le composte et me rend sur le quai. Une femme et sa fille attendent aussi, la petite court partout en demandant sans cesse, de sa jolie petite voix fluette :
- Dis maman, c'est quand qu'il arrive le train ?
- Bientôt ma chérie, bientôt, répond inlassablement la femme d'une voix douce.
Je souris à travers mon rideau de larmes. La dame tourne son regard vers moi. Esquisse un sourire timide en voyant ces larmes que je ne peux retenir. Un sifflement se fait entendre. La petite crie de joie.
- Il arrive maman ! Voilà le train !
Elle court jusqu'à sa mère et s''agrippe à sa main pour regarder arriver l'engin. Assise, la tête appuyée contre la vitre, je regarde ma ville natale disparaître à l'horizon. Pour toujours.
MP3 dans les oreilles. « When you'r gone » d'Avril Lavigne. Je la trouve de circonstance. Puis « Hilf mir fliegen », « In die nacht », « Wenn nichts mehr geht » et « Ich bin da ». « Ich bin da » en boucle. Parce que j'arrive. Parce que c'est cette chanson qui me rattache à l'espoir qu'ils seront là pour moi. Parce que maintenant que ma vie est foutue en l'air, la seule chose qui me reste à faire est de les chercher, fan désespérée que je suis. Je les chercherais, les poursuivrais, les attendrais, lutterais. Toute ma vie s'il le faut. Et je finirais bien par les trouver. Par les voir. Les aborder. Leur parler. Alors, à ce moment, je pourrais prendre un nouveau départ, commencer une nouvelle vie, enfin libérée des entraves du futur qui constitue aujourd'hui mon présent. Ma tête va s'appuyer sur le siège. Mes pensées, portées par le rythme de cette musique magique, s'évadent tout de suite vers elle.
Le train ralentis et on annonce l'arrivée à Paris pour une dizaine de minutes. Je laisse mes larmes s'échapper. Depuis hier soir, elles ne se sont jamais arrêtées. J'ai passé cette nuit à ressasser tous les souvenirs que je garde d'elle. Elle souriante et enjouée, elle vulgaire et têtue, elle fan de rock, elle rebelle clandestine, elle maigre comme un clou, elle skiant en riant, elle bavarde et assurée, elle qui n'aura jamais vu de concert des Red Hot comme elle en rêvait, elle la parisienne qui me guidait dans les couloirs du métro et chantait « Relax » dans la rue. Cette fille exceptionnelle qui ne verra plus jamais la lumière du jour et n'entendra plus jamais ses idoles de rockeurs. Elle, ma Clo, ma couz', ma bouteille de champomy, celle qui m'a accompagné à chaque pas dans ma vie, ma troisième s½ur, mon espoir dans la noirceur du quotidien. Elle, ma cousine.
Je jette un ½il à mon portable. 3h13 du matin. Je me saisis de ma valise, descend l'allée jusqu'à la porte du wagon. Et voilà ma valise qui roule à nouveau, le bruit de ses roues résonnant dans toute la gare quasi déserte. Je sors de la gare d'un pas digne et appelle un des taxis stationnés devant. La conductrice descend pour charger ma valise dans le coffre puis me fait signe de monter avec un :
- On va où ?
- A l'aéroport de Roissy.
Elle sourit, fait démarrer la voiture et s'exclame gaiement :
- En route !
Les rues parisiennes sont désertes. Je ne regarde pas par la fenêtre de peur d'apercevoir un endroit connu qui me la rappellerait forcément. La chauffeuse conduit prudemment, mais c'est une précaution inutile, puisque tout le monde semble dormir, dans ce quartier. J'ai rarement vu ça à Paris, d'ailleurs, même à 3 heures du matin. Un quart d'heure plus tard, le taxi s'engage sur le grand parking de l'aéroport. La chauffeuse descend, sors ma valise du coffre. Je lui tend l'argent que je lui dois avec un petit sourire. Elle l'empoche et me demande :
- Vous voulez que je vous accompagne pour trouver votre vol ?
- Merci, ça ira, je vais me débrouiller. Mais merci quand même !
- Aurevoir !
- Aurevoir.
Je la laisse derrière moi. M'engage dans l'aéroport. Je me dirige directement vers l'accueil, et demande l'aide d'une caissière. Elle se lève aussitôt après un coup d'½il à ses deux collègues qui attendent elles aussi un client qui ne vient pas. Une heure plus tard, à 4h28 exactement, je suis installée dans l'avion qui décolle, MP3 dans les oreilles et larmes dans les yeux. Je garde les yeux scotchés sur le hublot, emmagasinant le maximum d'images du pays qui a toujours été le mien. Ce pays qui m'a vu naître et grandir. Ce pays que j'aimais énormément. Ce pays qui me semblais être le mien pour toujours et que je quitte peut être sans retour. Oui, je m'en vais. Parce que ce pays est aussi celui de ma Clo. Et elle l'a quitté pour toujours. Pour toujours. Pour toujours. Ces mots résonnent dans ma tête. Le seul moyen pour moi de faire la paix avec son image est de quitter tout ce qu'elle a touché. Oh, bien sur, elle est allée en Allemagne et parlait très bien allemand. Mais c'est différent. C'est quelque chose qu'elle m'a raconté. Les mots qu'elle a utilisé pour me raconter ses séjours là bas m'ont donné envie d'apprendre cette langue. De connaître ce pays. Si je pars en Allemagne, c'est aussi parce qu'elle y est partie, mais sans moi. Je veux découvrir cette Allemagne comme elle l'a fait. Et y reconstruire ma vie. A partir de rien. Juste avec mon c½ur et ma volonté. Avec mon c½ur de fan.