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CHAPITRE 3

CHAPITRE 3
Ich weiss dass ich dich finden kann - Hör' deinen namen im orkan
Ich glaub' noch mehr dran glauben kann ich nich'

Je cours, cours en direction du bâtiment, là, au bout de la rue, où il me semble distinguer un bus prêt à démarrer. Mes écouteurs tombent, s'échouent le long de mon T shirt, mais je n'y fais pas attention. Enfin, j'y arrive. Je fais un signe au chauffeur qui vient de fermer la porte et lui demande si c'est bien le bus qui mène à Loitsche. Il me fait un signe de tête affirmatif. Je monte, achète un ticket et vais m'asseoir tout au fond. Je suis sûre qu'eux aussi s'asseyaient là, au fond. Tous les deux. J'ai peut être le cul posé sur un siège où Bill ou Tom Kaulitz s'est assis... Je me retiens à grand peine de fourrer mon nez dans la banquette et observe le paysage. Ce paysage qu'ils ont déjà exploré. Où ils ont évolué. Ri. Pleuré. Crié. Marché. Se sont emmerdé. Les vingt minutes du trajet passent à toute vitesse. Ce n'est vraiment pas suffisant pour se rendre compte que l'on marche sur les même traces que ses idoles. Je descend du bus, un sourire géant sur les lèvres, et aboutis devant une petite place plantée d'arbres. Je me dirige vers elle, m'assois sur un banc, sous un grand peuplier et sors mon pot de nutella de mon sac. Je le savoure avec de nombreux soupirs de bien être. Quoi de plus agréable que de déguster du nutella, assise sur un banc de la ville natale de ses idoles, sous un soleil radieux, leur musique dans les oreilles ? Un petit craquement, passant au dessus des accords de « Heilig » me fait lever la tête. Non loin du sommet de l'arbre qui me fait face, un petit écureuil roux me regarde, un gland entre les pattes avant . Je murmure :

- Oooooooooh ! Mais c'est ce cher Gustav !!! Qu'est ce que tu fais là mon vieux ? T'as abandonné tes potes dans votre tournée ?

L'écureuil penche sa tête sur le côté, me regardant avec un air perplexe. J'éclate de rire et m'enfourne une cuillère de nutella en souriant. Si seulement il pouvait me dire où ils se trouvent... Je passe mon après midi sur ce banc à écrire. Mon stylo ne s'interrompt pas une minute, traînant derrière lui ma main fatiguée par toute cette activité. J'écris des feuilles et des feuilles. Une lettre. La plus longue que j'ai jamais écrite. Elle est pour la seule personne avec qui j'ai eu une véritable correspondance de lettre régulière. Ma tite bouteille de champomy. C'est d'ailleurs l'en tête de cette lettre. Je n'arrête mon écriture fébrile qu'en entendant le bus arriver. Je range rapidement tout mon matériel dans mon sac, fait un clin d'½il à l'écureuil qui n'a pas quitté son arbre et retourne à Magdeburg. Là bas, je mange dans une petite pizzeria où on me sers une pizza géante et une immense canette de bière. J'engloutis le tout , paye et regagne l'hôtel après une petite promenade nocturne dans les rues de la ville. Dans ma chambre, je sors sur le balcon, emmitouflée dans une couverture et m'allonge sur le transat qui y est installé. Je reste ainsi longuement, observant les étoiles qui brillent de tous leurs feux, savourant la fraîcheur de l'air de la nuit sur mon visage, appréciant ce calme si simple et si beau qui est toujours le même dans n'importe quel pays. Le calme de la nuit.

[...]

Je repose mon stylo près de moi. Là haut, Gustav me jette un regard intrigué. C'est la première fois en deux semaines qu'il me voit interrompre mon écriture et reposer mon stylo avant la tombée du jour. Deux semaines. Deux semaines passées à vivre aux rythme de ces petites choses toutes simples qui procurent tant de plaisir. Deux semaines avec le même traintrain quotidien. D'abord un petit déjeuner copieux à l'hôtel, un petit rangement dans la chambre pour la femme de ménage et une balade tranquille dans les rues de Magdeburg. Puis l'achat d'un pot de nutella, la discussion avec le petit vieux et la course pour attraper le bus. Suivi d'un après midi sur le banc du square de Loitsche, toujours le même, passé à manger du nutella, écrire et échanger des regards complices avec le petit écureuil, définitivement baptisé Gustav. Enfin, le retour en car, le dîner dans un petit resto sympa, la ballade nocturne dans les rues et l'admiration des étoiles et de la nuit, sur le balcon.
Mais à cet instant, une lassitude infinie m'envahit tout à coup. Je ne les ai toujours pas aperçu. Pourtant, ça ne m'inquiète pas. En promo, en tournée, en séance photo quelque part dans le monde. Partout sauf dans leur ville natale. Mais je sais qu'ils finiront bien par y revenir. Je commence à chanter au son de la voix de Bill.


Ich muss durch den monsun
Hinter die welt
Ans ende der zeit
Bis kein regen mehr fällt


Est ce que ce voyage jusqu'ici m'a ouvert la porte vers eux ? Est ce que j'ai enfin traversé la mousson ? Je me lève du banc. Sors de mon sac le bâton à bulles acheté deux semaines auparavant et souffle dedans de toutes mes forces, m'entourant de dizaines et de dizaines de bulles aux reflets multicolores. Je souffle à nouveau, mêlant ma voix au ballet des bulles savonneuses.

N halber mond versinkt vor mir
War der eben noch bei dir
Und hält er wirklich was er mir verspricht
Ich weiss dass ich dich finden kann
Hör' deinen namen im orkan
Ich glaub' noch mehr dran glauben kann ich nich'


Les phrases résonnent dans ma tête. Les bulles volent autour de moi. Les larmes coulent sur mes joues. Je tourne sur moi même sous le regard étonné de Gustav, dispersant les bulles autour de moi en un cercle multicolore. Je chante à m'en arracher les poumons.

Ich kämpf mich durch die mächte hinter dieser tür
Werde sie besiegen und dann führ'n sie mich zu dir


Une dernière larme trace sa route sur ma joue droite. Ma voix s'étrangle légèrement dans ma gorge sous le coup de l'émotion intense qui m'envahit.

Dann wird alles gut
Dann wird alles gut
Wird alles gut
Alles gut...


Je m'écroule sur le banc et pleure. Encore une fois de plus, une fois de trop. Je pleure de faiblesse, d'amertume, de découragement. De tristesse, surtout. Bordel, comme j'aimerais te rejoindre ma Clo...

# Posté le samedi 10 novembre 2007 04:36

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