POV Tom
- Bill ?
Une voix étouffée me parvient, provenant de la porte d'en face.
- Mmm ?
- Je vais me promener un peu, tu veux venir ?
- Nan !
Je soupire. Depuis qu'il a rompu avec sa copine, il passe ses journées dans sa chambre à pleurer et écrire des chansons tristes.
- Ca fait tellement longtemps qu'on était pas revenu... Allez, viens prendre un peu l'air, on parlera... Ca te fera du bien...
- J'ai pas envie, Tom.
- Bill...
Je pousse la porte de sa chambre. Je le découvre allongé en travers de son lit, stylo en main, face à une feuille maculée de larmes. Je m'approche doucement de lui et le prend dans mes bras. Il s'abandonne sur mon épaule, sanglotant tout ce qu'il peut, gémissant sans cesse des mots sans suite. Je passe ma main dans ses cheveux touffus, puis m'en sers pour essuyer ses larmes. Je murmure tout doucement à son oreille :
- Bill, je veux pas que tu te détruises pour cette salope. Je t'aime trop pour te regarder mourir à petit feu à cause d'une fille qui doit déjà t'avoir oublié.
- Je suis sur qu'elle m'a pas oublié...
- Nan, en effet, tu fais partie des personnes qu'on oublie difficilement, tu es une rock star, Bill. Je veux dire qu'elle en a carrément rien à foutre de ta pomme !
- Je sais.
- Alors oublie là toi aussi. Oublie là sinon c'est toute ta vie qu'elle va détruire.
- Mais c'est dur...
- Je sais, Bill, je sais...
Sa voix s'étrangle au fond de sa gorge, ses larmes roulent à nouveau sur ses joues. Je les essuie une nouvelle fois, lui relève doucement la tête par le menton. Il esquisse un petit sourire. Je retente...
- T'es sur que tu veux pas venir avec moi ?
- Pas aujourd'hui, Tom. J'me sens pas encore prêt à sortir affronter la boulangère et sa groupie de fille.
On éclate de rire en même temps. Je me lève du lit, caresse une dernière fois sa joue humide du bout des doigts et sors de sa chambre avec un :
- Ok je te laisse, mais demain tu n'y échappera pas !
Je sors dans la rue. Ces rues qui ont bercé notre enfance, à Bill et moi. Je parcoure tout Loitsche, me ressourçant auprès de cet environnement qui reste le mien, malgré nos voyages dans toute l'Europe. Je finis ma petite promenade devant le petit square où nous allions jouer si souvent. Je remarque quelqu'un, assis sur le banc. Une fille qui doit avoir à peu près notre âge. Elle écrit fébrilement sur un bloc de papier, des larmes coulant le long de ses joues sans qu'elle ait l'air de les remarquer. Tout à coup, elle pose son stylo. Se lève et commence à chanter doucement. Je reconnais « Durch den monsun ». Elle le chante avec un tel désespoir dans la voix, une telle tristesse qu'on dirait qu'elle ne se raccroche plus qu'à ce chant pour survivre encore. Elle sort de son sac un bâton à bulles et souffle dedans. Ces bulles multicolores qui tournoient dans le vent, cette nature qui semble figée autour, cette voix cristalline qui résonne dans le silence... J'ai le souffle coupé devant la beauté de la scène. Elle tourne sur elle même, faisant des bulles, pleurant, chantant avec toute la force de sa détresse. Et puis elle s'écroule sur le banc, en larmes, le corps agité de spasmes. Elle pleure, pleure. Ses larmes ne cessent pas. Je n'ose pas bouger, figé sur place au milieu de buissons touffus qui me cachent à sa vue. Je reste là longtemps, observant sa poitrine bouger au rythme de ses sanglots. Au bout d'un long moment, elle est redevenue calme. Seules quelques larmes coulent encore le long de ses joues. Sa respiration se fait plus régulière, plus profonde, ses yeux se ferment doucement. Je m'approche le plus silencieusement possible. Allongée sur le banc, recroquevillée en position f½tale, la trace des larmes ornant toujours ses joues, elle s'est endormie. Sa peau scintille doucement sous la lueur du soleil couchant. Ne sachant trop quoi faire, j'enlève ma veste et lui étend sur les épaules. Puis je reste longtemps là, debout près du banc, détaillant le visage de cette fille si étrange. Si longtemps que quand je relève les yeux, le soleil a disparu, laissant place à la lune et aux étoiles. L'une d'elles, brillant plus fort que les autres, me rappelle que Bill est seul à la maison, sans doute en larmes et qu'il a besoin de moi. Avec un dernier regard, je m'éloigne du parc et rentre à la maison. J'y retrouve mon frère, devant la télé, un paquet de chips à la main. Il a l'air d'aller mieux...
- Ca va mieux ?
- Mmm.
- Ah ben on dirait pas, monsieur le grognon !
- Monsieur le grognon ?
- Parfaitement !
- Et ça, c'est toujours grognant ?
Il m'envoie un coussin dans la figure. Je riposte aussitôt avec la première chose venue, à savoir un paquet de mouchoirs en papier.
- Ca grogne peut être pas, dis-je, mais c'est bien le propre d'une attitude grognon, nan ?
Avec un rugissement de rage, Bill se jette sur moi, me plaque sur le canapé et essaye de m'arracher la tête. Au bout d'un quart d'heure de fous rires, je demande grâce, à bout de souffle.
- Bill... On fait... une... trêve... OK ?...
- D'acc...
Il s'écroule à côté de moi, aussi essoufflé que s'il venait de courir un marathon. Je laisse tomber ma tête sur ses jambes et lui souffle à l'oreille :
- J'ai vu une fille bizarre, dans le square...
- Ah ?
- J'te raconterais demain... Là... Chuis trop crevé...
J'étouffe un bâillement et tombe endormi sur ses cuisses.
Fic De Besta' <3