Das ist alles irgendwo, wo du bist
Une goutte froide tombe sur mon front, faisant s'ouvrir mes yeux. Eblouie par le soleil, je les referme aussitôt, ayant eu le temps d'apercevoir un paysage que je connais bien mais qui n'est pas celui dans lequel je me réveille ordinairement. Pourquoi j'ai dormi dans le parc ? Mes souvenirs se reconstituent, je me souviens d'avoir pleuré longtemps, allongée sur ce banc. Où je me suis endormie... -_-' Je me redresse en position assise. La veste qui me recouvrait glisse de mes épaules. La veste ? Une grande veste noire qui doit m'arriver aux genoux et me rappelle vaguement quelque chose. Une bonne âme m'aura vue dormir et, prise de pitié, recouverte de sa veste. C'est gentil ça. Je jette un ½il à ma montre. Elle indique 8h30. Si mes souvenirs sont bons, le bus de 8 heures passe à... 8h30, justement. Un vrombissement de moteur confirme mes pensées. Je range mes affaires à la hâte, mets la veste et mon sac sur mon dos et monte. Le chauffeur me salue avec un air surpris. Surpris de me voir ici à 8h30 (du matin) alors que d'ordinaire, il m'y voit à 20h30... Je lui souris vaguement et vais m'asseoir à ma place habituelle, au fond, près de la fenêtre de droite. Vingt minutes plus tard, je suis dans ma chambre, allongée sur mon lit, les yeux vides, la tête vide, le corps vide. Je suis vidée de tout. D'espoir, de détermination, de joie, de vie. Je ne bouge pas. Je ne mange pas. Ne parle pas. Ne dors pas. Ne pense pas. Je ne pleure même pas. Les yeux grands ouverts, j'observe le plafond sans le voir, ne sentant que la douleur de mon c½ur brisé. A vingt heures, je me décide quand même à me lever. Je me dirige vers la salle de bain, me douche, enfile un pyjama. Quand je reviens, je prends dans mon sac le pot de nutella de la vieille et mange quelques cuillérées avant de m'allonger à nouveau en travers de mon lit et de m'endormir ainsi. La journée du lendemain s'étire lentement. En fait, je ne détermine même plus si le temps passe vite ou lentement, je me contente de rester allongée là, sans rien faire, à souffrir en silence. Le troisième jour s'écoule de la même manière. Tout comme le quatrième. Puis le cinquième. Au matin du sixième jour, on frappe timidement à ma porte. Je répond par un petit grognement et vois entrer le patron de l'hôtel, portant un plateau bien garni. Il s'adresse à moi. J'essaye de rassembler mes forces pour comprendre ce qu'il raconte...
-Excusez moi, mademoiselle, mais ça fait cinq jours qu'on ne vous voit plus, on peut pas vous laisser dépérir comme ça... Je vous ai apporté un petit déjeuner. Mangez, s'il vous plaît, ça vous rendra les idées claires.
-Merci. Merci beaucoup.
Il m'adresse un sourire et s'en va, fermant doucement la porte derrière lui. Je regarde le plateau qui répand son odeur divine jusque dans mes narines. Je me jette dessus, perdant le peu de dignité qui me reste, et dévore tout avidement. Je jette un ½il autour de moi, découvrant une chambre plongée dans l'obscurité, à l'odeur renfermée. Je me lève, ouvre les volets et vais prendre une douche. Une fois sortie, je m'habille avec soin et sors dans l'air du matin. Pourquoi faut il toujours que se soient d'autres personnes qui m'ouvrent les yeux ? Pourquoi je n'arrive pas à me rendre compte du mal que je me fais par moi même ? Je prends directement le bus, n'attendant pas la fin de matinée. J'ai besoin du parc, de Gustav, des arbres et du calme. Je crois que j'ai surtout besoin d'écrire. Sitôt arrivée, je noircis le maximum de feuilles possible. Ecrivant à toute vitesse, maculant mes doigts d'encre, comme pour rattraper le temps perdu. Un souffle chaud sur mes genoux me fait lever la tête pour découvrir un magnifique chien qui m'observe, langue pendante, en quête de caresses. Un magnifique labrador noir. Je le caresse à pleines mains, lui gratouille le ventre, tripote son museau et ses oreilles, lui parle longuement, joue un peu avec lui. Et puis, tout à coup, il tourne la tête comme s'il venait d'entendre un bruit très important dans cette direction, me jette un regard et s'en va, trottinant dans la direction vers laquelle il a tourné la tête. Je retourne à mon crayon avec un sourire triste et un clin d'½il complice à Gustav. Vers 17h, je range mes affaires dans mon sac et sors du parc. Gustav me regarde partir avec une petite bouille qui semble signifier « Tu reviens bien demain, hein ? ». Je marche dans les rues, mon MP3 dans les oreilles, sur une chanson de circonstance : « Boulevard of broken dreams ». C'est la première fois que je me retrouve totalement dans cette chanson. Est-ce ici, le boulevard des rêves brisés ? Est-ce ici que je suis condamnée à marcher seule ? Je laisse suinter ma douleur le long de mon c½ur, je laisse couler mes larmes sur mes joues, je laisse Billie Joe chanter sa solitude dans mes oreilles. Non, finalement, je me joins à lui pour la chanter.
I walk this empty street
On the boulevard of broken dreams
Where the city sleeps
And I'm the only one
And I walk alone
I walk alone – I walk alone
Quand la chanson se termine, je la remets au début, encore et encore. Je chante, je chante et à chaque mot j'ai l'impression que les forces avec lesquelles je chante sont les dernières qui me retiennent encore de partir rejoindre ma cousine. Je chante et je marche. Je ne regarde pas autour de moi, le regard fixé sur les pavés du trottoir. Les mains enfoncées dans les poches de ma veste. La veste. Cette veste qui sent si bon, une odeur de gentillesse, de chaleur humaine. Cette veste qui me tient si chaud, au corps en même temps qu'au c½ur. Cette veste à laquelle je me suis attachée. Un sourire triste étire à nouveau mes lèvres. En deux semaines, je me suis fait quatre amis : un vieil homme qui vend des antiquités sur un trottoir, un écureuil roux qui me fait irrésistiblement penser au batteur de Tokio Hotel, un labrador noir et une veste, noire elle aussi. Je peux peut être rajouter le propriétaire de cette veste, même si je ne le connais pas...
POV Bill
Je caresse la tête de notre chien avec reconnaissance. Il me lèche la main, m'adressant comme un grand sourire innocent.
-Raaaah Scotty, t'es enfin rentré mon gros pépère ! Mais t'étais passé où enfin ? C'est pas bien de traîner comme ça dans les rues sans personne... Heureusement que tu t'es pas perdu hein... Hein mon gros toutou d'amour ?
Le labrador se laisse câliner avec force « Gnourf » de contentement. Je le laisse s'étendre dans un coin de ma chambre. Quelques minutes plus tard, j'entends Tom m'appeler depuis l'escalier.
-Biiiiill ! Cette fois-ci, on y va !
-J'arrive frérot...
Il traverse le couloir, ouvre la porte de ma chambre en coup de vent. Je suis assis sur mon lit, relisant les chansons que j'écris depuis trois semaines. Je semble tellement désespéré à travers ces chansons... Heureusement que Tom est là, sinon je sais pas ce que j'aurais fait. Justement, il m'observe depuis la porte.
-Bon, alors t'es prêt ?
-Oui, oui, j'arrive !
Je me lève et le suis à l'extérieur. Depuis presque une semaine, il m'entraîne avec lui pour de longues promenades dans notre village natal. Et je dois avouer que ça me fait un bien fou. L'air frais, les souvenirs qui nous reviennent à chaque coin de rue, les longues discussions avec lui, nos fous rires, nos silences complices ou nous n'avons pas besoin de parler pour comprendre l'autre. Pour le moment, nous marchons en silence, nos bras se frôlant de temps à autres. Je devine qu'il va encore me reparler d'elle. Cette fille qu'il a vue dans le parc, sur le banc situé sous le grand peuplier. Pas manqué...
-Tu sais Bill, je me demande ce qu'elle est devenue cette fille... Elle avait l'air tellement désespérée...
-En plus, elle t'as embarqué ta veste !
-Mais on s'en fout de ma veste ! J'en ai plein... Tu te rend pas compte de l'état dans lequel elle était !
-Tom, on ne la reverra sans doute jamais, arrête de te monter la tête avec ça.
-Tiens, faudrait aller chercher le pain...
-Pas question que je croise à nouveau cette boulangère ! La dernière fois, sa fille a failli m'arracher la tête !
-Bon, eh ben c'est moi qui me coltinerais les autographes...
-Merci beaucoup de m'épargner ça. Je t'attends sur le boulevard.
-A tout de suite alors.
-Bonne chance !
Je le regarde pénétrer dans la boulangerie, avant de m'éloigner le plus vite possible vers la plus grande rue de Loitsche, surnommée « le boulevard », mais qui est loin d'avoir la taille d'un boulevard de Berlin ou d'Hambourg... Je me faufile par un passage entre deux immeubles qui y mène directement et m'adosse au mur, près de l'extrémité qui donne sur le boulevard. Au bout de quelques minutes de solitude silencieuse, une voix me parvient. Elle chante. Je suis frappé du désespoir qui l'habite. Elle se rapproche de moi et je reconnais cet air, c'est « Boulevard of broken dreams » de Green Day. Sans prendre la peine de regarder la personne qui chante, je joins ma voix à la sienne, modulant les mots mélancoliques de la chanson. Quelques instants plus tard, rongé par la curiosité, je passe tout de même la tête par l'ouverture. Sur le trottoir d'en face, les mains dans les poches d'une large veste noire, la tête baissée sur les pavés, larmes sur les joues, écouteurs dans les oreilles, une jeune fille qui doit avoir à peu près notre âge marche doucement en chantant.